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sur le Chemin Néocatéchuménal

RENCONTRE INTERNATIONALE A L’OCCASION DU 50ÈME ANNIVERSAIRE DU COMMENCEMENT DU CHEMIN NEOCATECHUMENAL

Tor Vergata (Rome)

Samedi 5 mai 2018

DISCOURS DU SAINT PÈRE FRANÇOIS

Chers frères et sœurs, bonjour !

Je suis heureux de vous rencontrer et de dire avec vous : merci ! Merci à Dieu, et aussi à vous, surtout à ceux qui ont fait un long voyage pour être ici. Merci pour le “oui” que vous avez dit, merci d’avoir accueilli l’appel du Seigneur à vivre l’Évangile et à évangéliser. Et un grand merci va également à ceux qui ont commencé ce Chemin Néocatéchuménal il y a cinquante ans.

Cinquante est un chiffre important dans l’Écriture : au cinquantième jour, l’Esprit du Ressuscité descendit sur les Apôtres et manifesta au monde l’Église. Avant cela encore, Dieu avait béni la cinquantième année : « Cette cinquantième année sera pour vous une année jubilaire » (Lv 25,11). Une année sainte, durant laquelle le peuple élu toucherait du doigt de nouvelles réalités, comme la libération et le retour des opprimés chez eux : « Vous proclamerez la libération pour tous les habitants du pays – avait dit le Seigneur –. […] Chacun de vous réintégrera sa propriété, chacun de vous retournera dans son clan » (v. 10). Voilà, il serait beau après cinquante ans du Chemin que chacun de vous dise : “Merci, Seigneur, parce que tu m’as vraiment libéré ; parce que dans l’Église j’ai trouvé ma famille ; parce que dans ton baptême, les vieilles choses sont passées et je goûte une vie nouvelle (cf. 2 Cor 5,17); parce qu’à travers le Chemin tu m’as indiqué le sentier pour découvrir ton tendre amour de Père.”

Chers frères et sœurs, à la fin vous chanterez le “Te Deum d’action de grâce pour l’amour et la fidélité de Dieu”. C’est très beau : remercier Dieu pour son amour et pour sa fidélité. Souvent nous le remercions pour ses dons, pour ce qu’il nous donne, et il est bon de le faire. Mais c’est encore mieux de le remercier pour ce qu’il est, parce qu’il est le Dieu fidèle dans l’amour. Sa bonté ne dépend pas de nous. Quoi que nous fassions, Dieu continue à nous aimer fidèlement. C’est la source de notre confiance, la grande consolation de la vie. Alors courage, ne vous contristez jamais ! Et quand les nuages des problèmes semblent s’épaissir lourdement sur vos journées, rappelez-vous que l’amour fidèle de Dieu resplendit toujours, comme un soleil qui ne se couche pas. Faites mémoire de son bien, plus fort que tout mal, et le doux souvenir de l’amour de Dieu vous aidera dans toute angoisse.

Il manque encore un merci important : à tous ceux qui vont partir en mission. Je veux vous dire quelque chose du cœur sur la mission, sur l’évangélisation, qui est la priorité de l’Église aujourd’hui. Car la mission c’est donner une voix à l’amour fidèle de Dieu, c’est annoncer que le Seigneur nous aime et qu’il ne se lassera jamais de moi, de toi, de nous et de ce monde, duquel nous nous lassons peut-être. La mission c’est donner ce que nous avons reçu. La mission c’est d’accomplir le mandat de Jésus que nous avons écouté et sur lequel je voudrais m’arrêter avec vous : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples. » (Mt 28,19)

Allez. La mission demande de partir. Mais dans la vie, la tentation de rester, de ne pas prendre de risques, de se contenter d’avoir la situation sous contrôle, est forte. Il est plus facile de rester chez soi, entourés de ceux qui nous aiment, mais ce n’est pas le chemin de Jésus. Il envoie : “Allez”. Il n’utilise pas de demi-mesure. Il n’utilise pas des déplacements à prix réduit ou des voyages remboursés, mais il dit un seul mot à ses disciples, à tous ses disciples : “Allez !”. Allez : un appel fort qui résonne dans toute anfractuosité de la vie chrétienne ; une invitation claire à être toujours en sortie, pèlerins dans le monde à la recherche du frère qui ne connaît pas encore la joie de l’amour de Dieu.

Mais comment faire pour aller ? Il faut être agiles, on ne peut pas emporter tous ses bibelots. La Bible l’enseigne : quand Dieu libéra son peuple, il le fit aller dans le désert avec pour seul bagage la confiance en Lui. Et fait homme, Il marche lui-même dans la pauvreté, sans avoir où reposer la tête (cf. Lc 9,58). Il demande le même style aux siens. Pour aller, il faut être léger. Pour annoncer, il faut renoncer. Seule une Église qui renonce au monde annonce bien le Seigneur. Seule une Église libérée du pouvoir et de l’argent, libérée des triomphalismes et des cléricalismes, témoigne de façon crédible que le Christ libère l’homme. Et celui qui, pour son amour, apprend à renoncer aux choses qui passent, embrasse ce grand trésor : la liberté. Il ne reste plus bridé par ses attachements, qui réclament toujours quelque chose de plus mais ne donnent jamais la paix, et il sent que son cœur se dilate, sans inquiétudes, disponible pour Dieu et pour les frères.

“Allez” est le verbe de la mission et cela nous dit encore une chose : qu’elle se conjugue au pluriel. Le Seigneur ne dit pas : “vas-y, puis toi, puis toi…”, mais “allez”, ensemble ! Être pleinement missionnaire ce n’est pas y aller seul, mais c’est cheminer ensemble. Cheminer ensemble est un art à apprendre toujours, chaque jour. Il faut rester attentifs, par exemple, à ne pas imposer son rythme aux autres. Il faut plutôt accompagner et attendre, en se rappelant que le chemin de l’autre n’est pas identique au mien. Comme dans la vie aucune allure n’est exactement égale à une autre, dans la foi et dans la mission aussi : on avance ensemble, sans s’isoler et sans imposer son sens de la marche ; on avance unis, comme Église, avec les Pasteurs, avec tous les frères, sans fuite en avant et sans se lamenter de celui qui a un pas plus lent. Nous sommes des pèlerins qui, accompagnés par des frères, accompagnent d’autres frères, et c’est bien de le faire personnellement, avec soin et respect pour le chemin de chacun et sans forcer la croissance de personne, car la réponse à Dieu mature seulement dans la liberté authentique et sincère.

Jésus ressuscité dit : « Faites des disciples ». Voilà la mission. Il ne dit pas : conquérez, occupez, mais “faites des disciples”, c’est-à-dire partagez avec les autres le don que vous avez reçu, la rencontre d’amour qui vous a changé la vie. C’est le cœur de la mission : témoigner que Dieu nous aime et qu’avec Lui l’amour vrai est possible, celui qui conduit à donner sa vie là où l’on est, en famille, au travail, comme consacrés et comme époux. La mission c’est redevenir disciples avec les nouveaux disciples de Jésus. C’est se redécouvrir partie prenante d’une Église qui est disciple. Certes, l’Église est maîtresse, mais elle ne peut pas être maîtresse si avant elle n’est pas disciple, de même qu’elle ne peut pas être mère si avant elle n’est pas fille. Voici notre Mère : une Église humble, fille du Père et disciple du maître, heureuse d’être sœur de l’humanité. Et cette dynamique du disciple – le disciple qui fait des disciples – est totalement différente de la dynamique du prosélytisme.

Ici réside la force de l’annonce, pour que le monde croie. Ce qui compte, ce ne sont pas les arguments qui convainquent, mais la vie qui attire ; non pas la capacité de s’imposer, mais le courage de servir. Et vous avez dans votre “ADN” cette vocation à annoncer en vivant en famille, à l’exemple de la sainte Famille : dans l’humilité, la simplicité et la louange. Apportez cette atmosphère familiale dans de nombreux lieux désolés et privés d’affection. Faites-vous reconnaître comme les amis de Jésus. Appelez tout le monde ami et soyez amis de tous.

« Allez ! De toutes les nations faites des disciples ». Et quand Jésus dit « toutes » il veut souligner que dans son cœur il y a de la place pour tous les peuples. Personne n’est exclu. Comme les enfants d’un père et d’une mère : même s’ils sont nombreux, grands et petits, chacun est aimé de tout cœur. Car l’amour, en se donnant, ne diminue pas, il augmente. Et il est toujours plein d’espérance. Comme les parents, qui ne voient pas d’abord tous les défauts et les manques des enfants, mais les enfants eux-mêmes, et dans cette lumière ils accueillent leurs problèmes et leurs difficultés, comme le font les missionnaires avec les peuples aimés par Dieu. Ils ne mettent pas en première ligne les aspects négatifs et les choses à changer, mais ils “voient avec le cœur”, avec un regard qui apprécie, une approche qui respecte, une confiance qui patiente. Allez ainsi en mission, en pensant à “jouer en famille”. Parce que le Seigneur est de la maison de chaque peuple et son Esprit a déjà semé avant votre arrivée. Et en pensant à notre Père, qui aime tant le monde (cf. Jn 3,16), soyez passionnés d’humanité, collaborateurs de la joie de tous (cf. 2 Cor 1,24), influents parce que proches, à l’écoute parce que proches. Aimez les cultures et les traditions des peuples, sans appliquer de modèles préétablis. Ne partez pas des théories et des schémas, mais des situations concrètes : ce sera ainsi l’Esprit qui façonnera l’annonce selon ses temps et ses modes. Et l’Église grandira à son image : unie dans la diversité des peuples, des dons et des charismes.

Chers frères et sœurs, votre charisme est un grand don de Dieu pour l’Église de notre temps. Remercions le Seigneur pour ces cinquante années : un applaudissement aux cinquante ans ! Et en regardant sa fidélité paternelle, fraternelle, et aimante, ne perdez jamais confiance : Il vous protégera, vous poussera en même temps à avancer, comme disciples aimés, vers tous les peuples, avec une humble simplicité. Je vous accompagne et je vous encourage : allez de l’avant ! Et, s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi, que je reste ici !

François

CATÉCHISME de l'EGLISE catholique

Il convient de relire quelque numéros du Catéchisme de l’Église Catholique pour comprendre l'actualité et la conformité de ce Chemin avec le souci des Pasteurs à l'égard de l'homme contemporain qui vit dans un contexte assez semblable à celui de l'Église des origines: "Devenir chrétien requiert, depuis le temps des Apôtres, un chemin et une initiation avec différentes étapes. Cet itinéraire peut être parcouru rapidement ou lentement. Il devra de toute façon comprendre quelques éléments essentiels: l'annonce de la Parole, l'accueil de l'Évangile qui provoque une conversion, la profession de foi, le Baptême, l'effusion de l'Esprit Saint, l'accès à la communion eucharistique initiation a beaucoup varié au cours des siècles et selon les circonstances. Aux premiers siècles de l’Église, l’initiation chrétienne a connu un grand déploiement, avec une longue période de catéchuménat et une suite de rites préparatoires qui jalonnaient liturgiquement le chemin de la préparation catéchuménale et qui aboutissaient à la célébration des sacrements de l’initiation chrétienne. Là où le Baptême des enfants est devenu largement la forme habituelle de la célébration de ce sacrement, celle-ci est devenue un acte unique qui intègre de façon très abrégée les étapes préalables à l’initiation chrétienne. De par sa nature même le Baptême des enfants exige un catéchuménat postbaptismal. Il ne s’agit pas seulement du besoin d’une instruction postérieure au baptême, mais de l’épanouissement nécessaire de la grâce baptismale dans la croissance de la personne. C’est le lieu propre du catéchisme". (Nr. 1229-1231)

Déjà le Concile avait rétabli pour l'Église entière le catéchuménat des adultes divisé en plusieurs étapes: "On rétablira le catéchuménat des adultes, divisés en plusieurs étapes, à réaliser selon le jugement de l'Ordinaire du lieu, de manière à ce que le temps du catéchuménat, destiné à une instruction convenable, puisse être sanctifié par des rites sacrés célébrés à des moments successifs " (SC n. 64).

Le Chemin Néocatéchuménal est un nouvel "itinéraire" d'initiation chrétienne, basé sur une pratique catéchético-liturgique qui a comme responsable le Pasteur du Diocèse. S'agissant d'une des fonctions de base de l'Église, sinon la principale, parce qu'elle concerne la naissance en Christ, pour devenir son Corps, il ne peut y avoir d'autre sujet, comme source et référence, que l'Évêque. Et celui-ci, à son tour, dispose dans les indications des initiateurs recueillies dans le Statut, d'une norme pour la réalisation de ce type de catéchuménat.

Ceci est la réponse et la réalisation de ce que souhaitait déjà le Saint Père au Symposium des Évêques d'Europe en 1985: il est nécessaire de retourner au schéma primitif de l'Église des origines, [10] " à une vraie initiation au mystère du salut, à une formation intégrale à la vie chrétienne " (Ad Gentes 14,1).

DISCOURS DU PAPE DANS LA PAROISSE SAINTE MARIA GORETTI

ROME, 31 Janvier 1988.

LE COURAGE DE LA FOI QUI NAIT DANS LE BAPTÊME PEUT AFFRONTER LA DÉCHRISTIANISATION DE L’EUROPE

Je vous remercie de cette rencontre et de tous les témoignages que vous avez donnés. En vous écoutant et en vous rencontrant, voilà beaucoup de fois déjà que nous nous rencontrons, je pense toujours au catéchuménat, et je n'y pense pas seulement en termes de référence historique. Bien sûr le catéchuménat appartient à l'histoire de l'Église primitive missionnaire, mais à travers votre chemin et vos expériences on aperçoit quel trésor fut justement pour l'Église le catéchuménat comme méthode de préparation au baptême.

Quand nous étudions le baptême, quand nous administrons ce sacrement primordial de notre foi, quand nous lisons les paroles de Saint Paul aux Romains, nous ne cessons de voir plus clairement que la pratique au jour d'aujourd'hui est devenue sans cesse plus insuffisante, plus superficielle. S'il s'agit de la nature sacramentelle du baptême, s'il s'agit des promesses baptismales qui sont dans leur contenu vraiment un programme de toute la vie nouvelle, de la vie dans le Christ, naturellement aujourd'hui tout ceci se pratique et se réalise dans la liturgie de l'Église. Mais en même temps on voit clairement comment sans le Catéchuménat préalable cette pratique devient insuffisante, inadéquate à ce grand mystère de la foi et de l'amour de Dieu qu'est le sacrement du baptême. Cette immersion dans la mort du Christ et dans sa résurrection qui est immersion dans la vie même de Dieu, immersion dans la très Sainte Trinité.

Il y a naturellement une explication des circonstances pour lesquelles le catéchuménat de l'Église primitive missionnaire a disparu avec le temps: c'est lorsque la présence du baptême s'est accentuée dans les familles, lorsque les parents poussés par la foi ont voulu faire baptiser leurs enfants. Évidemment ces enfants ne pouvaient pas être préparés au baptême selon la méthodologie du catéchuménat, ils étaient trop petits. Cette méthodologie a été conservée vivante dans les pays de mission, et parfois, il me semble que la foi de ces néophytes, de ces nouveaux chrétiens de l'Afrique et des autres pays du monde, qui doivent faire une expérience de catéchuménat presque analogue à celle du catéchuménat au sens primitif et missionnaire a disparu. Bien sûr ce catéchuménat n'a pas disparu tout à fait, mais il a été remplacé par une catéchèse conduite par l'Église, grâce à une information, un enseignement, une éducation chrétienne dans les familles. Tout ceci est un équivalent du catéchuménat au sens primitif et missionnaire du mot. Mais c'est quelque chose qui se fait après le sacrement. Vous appartenez tous à la catégorie des chrétiens, parce que vous avez reçu le baptême comme on le reçoit aujourd'hui dans la famille, la paroisse, l'Église contemporaine.

A travers le néocatéchuménat, (et je dois remarquer ici que le mot chemin est parfaitement approprié), à travers votre chemin néocatéchuménal on peut pour ainsi dire reconstruire ce que fut autrefois l'authentique catéchuménat, et peut-être peut-on l'approfondir plus encore. Ainsi les fruits du baptême peuvent parvenir à tous, tels qu'ils furent autrefois vécus par les communautés primitives, par les premiers chrétiens, par les premières générations chrétiennes, qui étaient prêts à tout, y compris le martyre pour le Christ, et qui menaient une vie très cohérente.

Bien sûr ils étaient aussi des pécheurs, car même après le baptême l'homme demeure un pécheur potentiel. Mais dans ce baptême il y avait une force extraordinaire, dans cette vie chrétienne des premiers chrétiens il y avait une force qui pouvait dans cette époque hostile, en tous points contraire, l'époque des persécutions, du paganisme, de la culture païenne et très mondaine dirais-je, (et nous savons très bien quelle était la vie de Rome aux premières années de l'ère chrétienne), cette vie contenait une force qui pouvait engendrer une christianisation, une profonde œuvre de christianisation, qui se répandait non seulement de personne à personne, de famille à famille, mais s'élargissait encore à des nations entières. Certes plus la christianisation s'élargissait quantitativement et plus elle commençait à diminuer qualitativement.

A coup sûr aujourd'hui, surtout dans les pays de vieille chrétienté, dans les pays européens, nous constatons l'épuisement de notre christianisme intérieur, de ce qui devait être le fruit de notre baptême. Le baptême est le sacrement qui contient tout, toute la vie, tout le projet de vie chrétienne toute entière. Naturellement il n'est pas le seul sacrement, mais il est le sacrement des commencements et du fondement. Nous savons très bien qu'un édifice grandit à partir de ses fondations.

On a beaucoup parlé et on a aussi lu souvent que le baptême, notre baptême doit durer toute la vie et porter des fruits toute la vie. Très souvent dans nos milieux, dans nos pays, dans notre société traditionnellement chrétienne, nous voyons le contraire. Nous le voyons aussi à Rome. Nous sommes en train de vivre une période de déchristianisation. Il semble que les croyants, ceux qui un jour ont été baptisés ne sont pas suffisants pour s'opposer à la sécularisation, aux idéologies qui sont contraires non seulement à l'Église, à la religion catholique, mais qui sont contraires à la religion purement et simplement: elles sont athées, et même antithéistes. Vous, avec votre chemin néocatéchuménal, dans des milieux très variés, vous cherchez à refaire tout ce qui a été défait. Je dirais que vous cherchez à le refaire dans les communautés, dans les personnes, d'une manière plus authentique, qui se rapproche de l'expérience primitive.

Voici comment je vois la genèse du néocatéchuménat, de son chemin; quelqu'un, je ne sais pas si c'est Kiko ou un autre, s'est demandé d'où venait la force de l'Église primitive, et d'où vient aujourd'hui la faiblesse de l'Église pourtant beaucoup plus nombreuse. Je crois qu'il a trouvé la réponse dans ce chemin. Voilà ce que je ressens lorsque je vis avec vous quelques moments.

Je vous souhaite de continuer dans ce chemin, de continuer à assumer toutes les exigences qu'il comporte. Car ce n'est pas un chemin court. Lorsqu'on regarde le catéchuménat missionnaire qui durait quatre ans, ça peut parfois sembler difficile. Vous êtes plus exigeants. Le vôtre dure sept ans ou plus. Je vous souhaite donc de continuer à être toujours exigeants dans votre chemin et surtout je vous souhaite de continuer à produire tous ces fruits. Parce que chez vous, dans vos communautés, on voit vraiment comment du baptême surgissent tous les fruits de l'Esprit Saint, tous les charismes de l'Esprit Saint, toutes les vocations, toute l'authenticité de la vie chrétienne, dans le mariage, dans le sacerdoce, et dans les diverses professions dans le monde, dans le monde finalement.

Il vous faut du courage pour porter votre expérience dans les milieux les plus déchristianisés du monde, pour y porter votre témoignage. Mais c'est providentiel, parce qu'on ne peut pas affronter autrement ces milieux. On ne peut pas affronter d'une autre manière ces communautés humaines tellement détruites, tellement décomposées, tellement éloignées non seulement de la foi, mais également d'un niveau simplement humain. On ne peut les affronter autrement qu'avec une grande expérience de foi, une profonde conviction, une vie intimement imprégnée de l'Esprit Saint.

Je vous souhaite tous ces fruits dans cette paroisse qui semble un peu basée sur l'expérience néocatéchuménale. Il y a une manière, je pense, de réussir une paroisse se basant sur l'expérience néocatéchuménale. Naturellement on ne peut pas imposer cette méthode à tous. Mais s'il y a tellement de candidats, pourquoi pas? Celle-ci est très authentique et cohérente avec la nature même de la paroisse, étant donné que chacun de nous, chaque chrétien grandit à partir du baptême, de même la communauté chrétienne grandit naturellement à partir du baptême. L'Église grandit du baptême. Il n'y a pas d'Eucharistie sans baptême. Alors la paroisse est une communauté 'basique' dans l'Église. Elle peut grandir très authentiquement sur l'expérience et sur l'arrière-plan de l'expérience néocatéchuménale. C'est comme si se renouvelait cette communauté primitive qui grandissait de l'expérience catéchuménale.

Très chers, que le Seigneur vous bénisse, qu'il bénisse vos familles, qu'il bénisse vos candidats au sacerdoce, aussi dans le 'Redemptoris Mater', qu'il bénisse vos jeunes et vos enfants qui sont nombreux, grâce à Dieu! Ils sont aussi une grande espérance, parce que le monde sécularisé, déchristianisé, agnostique, qui n'a plus la foi en Dieu, perd la foi en lui-même, il perd la foi en l'homme. Comment expliquer la dénatalité? Ou comment expliquer plutôt l'attitude antinataliste des communautés, des nations, des groupes, des milieux politiques? Par le manque de foi en l'homme. Mais ce manque de foi en l'homme découle d'un manque de foi en Dieu. L'homme a une dimension propre et un principe propre. Et son principe est Dieu lui-même parce qu'il a été créé à son image et à sa ressemblance. Et ceci nous explique qui est l'homme, comment il peut vivre et comment il peut mourir.

Enfin, il faut du courage pour vivre en ce monde et je vois dans cette dernière rencontre avec ses itinérants un signe du courage chrétien.

Statut du Chemin Néocatéchuménal

STATUT DU CHEMIN NÉOCATÉCHUMÉNAL

Titre I : Nature et mise en œuvre du Chemin Néocatéchuménal

Art. 1

§ 1. La nature du Chemin Néocatéchuménal est définie par S.S. Jean-Paul II lorsqu’il écrit : « Je reconnais le Chemin Néocatéchuménal comme un itinéraire de formation catholique valide pour la société et les temps actuels ».1

§ 2. Le Chemin Néocatéchuménal est au service de l’Évêque comme une des modalités de réalisation diocésaine de l’initiation chrétienne et de l’éducation permanente de la foi.

§ 3. Le Chemin Néocatéchuménal, doté de personnalité juridique publique2, consiste en un ensemble de biens spirituels3 :


1°. Le “Néocatéchuménat”,4 ou catéchuménat postbaptismal5;

2°. L’éducation permanente de la foi;

3°. Le catéchuménat ;

4°. Le service de la catéchèse.

1 JEAN-PAUL II, Lettre Ogniqualvolta, 30 août 1990, in AAS 82, (1990) 1515.

2 Cf. CONSEIL PONTIFICAL POUR LES LAÏCS, 28 Octobre 2004 (prot. N. 1761/04 AIC-110).

3 Cf. Canon 115 §3: fondation autonome de biens spirituels.

4 Cf. Il Neocatecumenato. Un’esperienza di evangelizzazione e catechesi in atto in questa generazione. Sintesi delle sue linee di fondo, a cura del Centro neocatecumenale di Roma, Roma 1976 (pro manuscripto).

5 « Un itinéraire de type catéchuménal, qui parcourt toutes les phases que, dans l’Église primitive, les catéchumènes parcouraient avant de recevoir le sacrement du Baptême… (cf. Catéchuménat postbaptismal, in Notitiae 95-96, 1974, 229) » (JEAN PAUL II, Lettre Ogniqualvolta, 30 août 1990, in AAS 82, (1990) 1514). Cet itinéraire s’inspire de divers documents du Saint Siège, parmi lesquels :

- Le chap. IV de l’OICA qui suggère l’utilisation adaptée de la catéchèse et de certains rites propres au catéchuménat pour la conversion et la maturation dans la foi même chez les adultes baptisés.

- PAUL VI, Exhort. Apost. Evangelii Nuntiandi, 44 : « On observe que les conditions actuelles rendent toujours plus urgent l'enseignement catéchétique, sous la forme d'un catéchuménat ».

- JEAN-PAUL II, Exhort. Apost. Catechesi Tradendæ, 44 : « Notre préoccupation pastorale missionnaire va à ceux qui, …même s'ils sont nés en pays chrétien, voire dans un cadre sociologiquement chrétien, n'ont jamais été éduqués dans leur foi et sont, comme adultes, de vrais catéchumènes ».

- JEAN-PAUL II, Exhort. Apost. Christifideles Laici, 61 : « Une autre forme d'aide [dans la formation des chrétiens] peut être offerte... par une catéchèse postbaptismale sous forme de catéchuménat, consistant à proposer de nouveau certains éléments du Rituel de l'initiation chrétienne des adultes, de façon à faire accueillir et vivre les richesses immenses et extraordinaires du Baptême reçu, ainsi que les responsabilités qui en découlent ».

- Catéchisme de l’Église Catholique, 1231 : « De par sa nature même le Baptême des enfants exige un catéchuménat postbaptismal. Il ne s'agit pas seulement du besoin d'une instruction postérieure au Baptême, mais de l'épanouissement nécessaire de la grâce baptismale dans la croissance de la personne ».

- CONGRÉGATION POUR LE CLERGÉ, Directoire général pour la Catéchèse, 59 : « “Le modèle de toute catéchèse est le catéchuménat baptismal. Il constitue la formation spécifique par laquelle l'adulte converti à la foi est conduit à la profession de foi baptismale pendant la veillée pascale”. Cette formation catéchuménale doit inspirer les autres formes de catéchèse, dans leurs objectifs et dans leur dynamisme » ; ibidem, 91 : « La catéchèse postbaptismale, sans se calquer sur la configuration du catéchuménat baptismal, et en reconnaissant aux catéchisés leur état de baptisés, fera bien de s'inspirer de cette "école préparatoire à la vie chrétienne", en se laissant féconder par les principaux éléments qui la caractérisent ».

LA REDÉCOUVERTE DU CATÉCHUMÉNAT

ET L'APPROBATION DU

CHEMIN NÉOCATÉCHUMÉNAL

Pour comprendre la signification de l'approbation du Statut du Chemin Néocatéchuménal, il est nécessaire de parcourir quelques étapes historiques fondamentales qui l'ont précédée.

Karol Wojtyla et la redécouverte du catéchuménat

Karol Wojtyla, de par son expérience personnelle de la dictature nazie puis de celle du communisme, voit l'Église entourée d'une nouvelle onde de paganisme exprimée dans les idéologies totalitaires surgies au XXème siècle. Dans beaucoup de discours ou d'actes de son pontificat, résonne la mémoire historique de cette apocalypse réalisée, expérimentée dans sa propre personne, que fut la tragédie de la seconde guerre mondiale, les camps de concentration, les goulags, les millions de morts, les injustices terribles.

« Au cours du siècle qui s'achève, des jeunes comme vous étaient appelés dans d'immense rassemblement, pour apprendre la haine, et ils étaient envoyés pour se battre les uns contre les autres. Les différents messianismes sécularisés, qui ont tenté de se substituer à l'espérance chrétienne se sont révélés de véritables enfers. »[1]

L'Église et les chrétiens sont appelés à répondre aux dangers d'une nouvelle barbarie beaucoup plus grave que la première. Pour Karol Wojtyla, ré-évangéliser signifie éloigner le spectre d'une nouvelle apocalypse qui risque de détruire l'homme et la société.

Par sa formation philosophique, il est attentif aux phénomènes réels et donc au fait que la foi chrétienne doit exprimer un nouveau type de vie, une nouvelle façon d'aimer, et d'être libres, et pas seulement un credo religieux. Au centre du pontificat de Jean-Paul II, il y a la vision d'une Église qui, libérée des hésitations et des autosatisfactions, débarrassée de tout triomphalisme, est poussée par un élan évangélisateur, la nouvelle évangélisation, pour ré-évangéliser des pays traditionnellement chrétiens mais qui sont en train de retomber dans le paganisme.

En 1952, Karol Wojtyla, alors jeune prêtre écrit un article extraordinaire par son actualité, «Catéchuménat du XXème siècle»[2]. Réfléchissant sur la Veillée Pascale, il examine les signes qui expriment la résurrection du Christ : la lumière, qui resplendit de la résurrection et permet de contempler la vie nouvelle, et l'eau, le passage de la mer Rouge, symbole du passage de la mort à la vie. Pour cela, au centre de la nuit il y a le baptême, qui est le don d'un changement de nature, préparé par le catéchuménat : « ...cette nuit les catéchumènes doivent naître de nouveau...est-ce que quelqu'un qui est déjà vivant peut naître de nouveau ? Est-ce qu'il peut exister une vie qui n'ait pas été vécue jusqu'à ce moment ? ...Parce que croire dans le Dieu que le Christ annonce comme son Père...ce n'est pas seulement croire, mais naître de nouveau... ; nous savons que ...nous adhérons non seulement à une confession, à une religion, mais que nous recevons une vie nouvelle... » [3].

Un des pères conciliaires qui contribua le plus à la redécouverte de l'initiation chrétienne, et donc du catéchuménat, fut un jeune évêque polonais, alors auxiliaire de Cracovie, Karol Wojtyla. Dans son intervention à l'assemblée conciliaire en 1962, dans la discussion sur le texte de la constitution Sacrosanctum Concilium sur la liturgie, Karol Wojtyla soutient des thèses qui à l'époque étaient révolutionnaires : « L’initiation chrétienne ne se fait pas seulement avec le baptême mais à travers un catéchuménat durant lequel la personne adulte se prépare à conduire sa vie de chrétien. Il est pour cela évident que l'initiation est quelque chose de plus que la seule réception du baptême ».

Pour Karol Wojtyla cette redécouverte du catéchuménat qui amplifiait le concept traditionnel de l'initiation chrétienne était d'une «très grande importance surtout à notre époque, même pour les personnes déjà baptisées qui ne sont pas suffisamment initiées à la vérité complète de l'initiation chrétienne »[4].

Témoin authentique de la foi de l'Église polonaise, Karol Wojtyla voyait néanmoins avec clarté la fragilité de la « chrétienté » face à la sécularisation et à l'apostasie de l'homme moderne. « A coup sûr aujourd'hui, dans les pays de vieille chrétienté, surtout dans les pays européens, nous constatons l'épuisement de notre christianisme intérieur, de ce qui devrait être le fruit de notre baptême.

Nous sommes en train de vivre une période de déchristianisation ; il semble que les croyants, les baptisés d'un jour, ne sont pas suffisamment matures pour s'opposer à la sécularisation, aux idéologies qui sont contraires, non seulement à l'Eglise, à la religion catholique, mais qui sont contraires à la religion en soit : elles sont athées et même antithéistes ».[5]


Karol Wojtyla soulignait ainsi deux aspects fondamentalement nouveaux :

1. que le catéchuménat n'était pas une catéchèse doctrinale (comme on considérait souvent la préparation au baptême en ce temps), mais un processus existentiel d'insertion de la nature nouvelle du Christ, caractérisée par la capacité d'aimer, même les ennemis.

2. que le catéchuménat, c'est à dire le processus qui préparait au baptême, était tout aussi essentiel au processus d'initiation que le sacrement proprement dit.

En analysant l'Église primitive, Karol Wojtyla est confronté au fait que le témoignage personnel et le catéchuménat constituent le centre de l'évangélisation. Justement parce qu'elle se trouve de nouveau immergée dans un monde païen, l'Église doit récupérer le catéchuménat qui était dans l'Église primitive le pivot de l'évangélisation.

La réintroduction du processus néocatéchuménal également pour les baptisés.

Au terme du débat conciliaire sur la Constitution de la Liturgie, une des décisions les plus importantes du Concile fut justement celle, peut-être peu remarquée à l'époque, de réintroduire le catéchuménat pour les adultes comme processus de gestation afin de recevoir graduellement une vie nouvelle (Sacrosanctum Concilium n. 64). Cette décision porte quelques années plus tard à la promulgation de l'Ordo Initiationis Christianae Adultorum (OICA), c'est-à-dire de l'Ordo, ou schéma qui régule le processus d'initiation pour le baptême des adultes.

Le chapitre IV de l'OICA propose aussi l'utilisation de quelques rites, propres au catéchuménat, pour la catéchèse des adultes baptisés, mais insuffisamment catéchisés.

Dans les années suivantes ce point, encore marginal, commence à prendre toujours plus d'importance dans les documents du magistère.

Paul VI, en 1975, dans l'exhortation apostolique Evangelii Nuntiandi, au paragraphe 44, avait conclu : « il est désormais évident que les conditions actuelles rendent toujours plus urgent le fait que l'instruction catéchétique soit donnée sous la forme d'un catéchuménat ».

Successivement, en 1979, Jean-Paul II, dans l'Exhortation Apostolique Catechesi Tradendae, au paragraphe 44, avait dit : « Notre préoccupation pastorale et missionnaire ...va vers ceux qui, même s'ils sont nés dans un pays chrétien, même dans un contexte sociologiquement chrétien, n'ont jamais été éduqués dans leur foi et, comme adultes, sont de vrais catéchumènes ».

Enfin le catéchisme de l'Église catholique, publié dans l'année 1992, à l'article 1231, a explicitement formulé la nécessité d'un catéchuménat post baptismal pour tout baptisé : « De par sa nature même le baptême des enfants exige un catéchuménat post-baptismal. Il ne s'agit pas seulement du besoin d'une instruction postérieure au baptême, mais de l'épanouissement nécessaire de la grâce baptismale dans la croissance de la personne ».

En peu d'années, on est passé du chapitre IV de l'OICA, qui suggérait seulement une possibilité d'utiliser quelques parties du catéchuménat pour adultes déjà baptisés, mais non suffisamment catéchisés, à une formulation qui propose pour tous les baptisés enfants la nécessité d'un catéchuménat post-baptismal.

Non seulement le magistère a accueilli les idées exprimées par Karol Wojtyla jeune prêtre et ensuite en assemblée conciliaire, mais la réintroduction du catéchuménat pour les baptisés a porté à formuler la nécessité que les chrétiens déjà baptisés redécouvrent la foi à travers un itinéraire catéchuménal, de manière à pouvoir répondre aux défis actuels.

C'est ainsi qu'un document qui réintroduisait un processus oublié depuis des siècles pour le baptême des païens a fini par devenir central dans la vie des baptisés.

Le Chemin Néocatéchuménal fruit du Concile Vatican II

Pendant que Karol Wojtyla et le Concile, puis le magistère redécouvrait successivement le fait que le catéchuménat est au centre du processus d'évangélisation des non-baptisés et, de façon graduelle, aussi des baptisés, dans des baraques à la périphérie de Madrid se développait une expérience concrète de catéchuménat post-baptismal, grâce à la rencontre de Kiko Argüello et de Carmen Hernandez.

Kiko Argüello, un peintre espagnol, après une crise existentielle et sa conversion, avait découvert dans la souffrance des innocents le mystère du Christ crucifié, présent parmi les derniers de la terre : ceci l'amena à tout laisser et suivant l'inspiration de Charles de Foucault à aller vivre au milieu des pauvres dans les baraques de « Palomeras Altas » à la périphérie de Madrid.

Carmen Hernandez, espagnole, diplômée en chimie, était en contact avec le renouveau du Concile Vatican II à travers le père Farnés Scherer (liturgiste). Elle aussi était allée vivre dans les baraques de « Palomeras Altas », où elle cherchait à constituer un groupe pour aller évangéliser les mineurs de Oruro (Bolivie), et où elle connut Kiko Argüello.

Le tempérament artistique de Kiko, son expérience existentielle, sa formation comme catéchiste des «Cursillos de Cristianidad », l'élan d'évangélisation de Carmen formée à l'institut « Missioneras de Christo Jesus », sa préparation théologique (licenciée en théologie), et sa connaissance du mystère pascal et de la rénovation liturgique du Concile, et l'ambiance des plus pauvres de la terre, constituèrent cet « humus », ce « laboratoire » qui donna lieu à une synthèse kerygmatico-théologico-catéchétique qui devint la colonne vertébrale de ce processus d'évangélisation des adultes qu'est le Chemin Néocatéchuménal[6].

Un itinéraire de formation de type catéchuménal commença à prendre forme de cette collaboration.

Cette redécouverte d'une manière concrète de faire un catéchuménat post-baptismal vint en contact avec la hiérarchie, d'abord avec l'archevêque de Madrid, Mgr. Casimiro Morcillo qui, venant dans les baraques, constata l'action de l'Esprit Saint, la bénit, voyant en elle une actualisation du Concile auquel il avait participé comme un des secrétaires généraux.

Successivement en 1972, le néocatéchuménat fut étudié vraiment à fond par la Congrégation pour le Culte Divin, qui allait publier l'OICA.

Le secrétaire de la Congrégation d'alors, Mgr. Annibale Bugnini, et le groupe d'experts qui étaient avec lui, restèrent impressionnés[7] de voir que ce qu'ils étaient en train d'élaborer depuis plusieurs années sur le catéchuménat pour les adultes, l'Esprit Saint, en partant des pauvres, le mettait déjà en œuvre.

Après deux années d'études de la pratique liturgico-catéchétique du Chemin Néocatéchuménal, ils publièrent dans Notitiae [8], la revue officielle de la Congrégation, une note élogieuse sur l'œuvre que le Chemin Néocatéchuménal était en train de développer dans les paroisses, reconnaissant dans le Chemin un don de l'Esprit Saint pour actualiser le Concile. C'est avec la Congrégation qu'a été fixé le nom « Néocatéchuménat » ou Chemin Néocatéchuménal.

En 1974, à dix ans de la naissance du Chemin, le pape Paul VI recevait en audience Kiko, Carmen et le père Mario avec les curés et les catéchistes rassemblés à Rome. Face à certaines accusations qui laissaient peser des soupçons d'anabaptisme ou de vouloir répéter le baptême, le pape répliqua avec grande force et clarté :

« ...Vivre et promouvoir ce réveil, c'est ce que vous appelez une sorte de vie de 'l'après baptême' qui pourra produire de nouveau dans les communautés chrétiennes d'aujourd'hui des effets de maturité et d'approfondissement que, dans l'Église primitive, on voyait réalisés dans la période préparatoire au baptême. Vous, vous déplacez cette formation après le baptême : avant ou après, dirais-je, c'est secondaire. Le fait est que vous visez à l'authenticité, à la plénitude, à la cohérence, à la sincérité de la vie chrétienne, il y a là un mérite très grand je le répète, qui nous console profondément... »[9].

La rencontre de Jean-Paul II avec Kiko et Carmen.

Le 5 septembre 1979, Jean-Paul II élu pape depuis peu, rencontra pour la première fois personnellement Kiko, Carmen[10] et le père Mario, et les invita à la messe célébrée par lui à Castel Gondolfo.

La rencontre avec Kiko et Carmen représenta pour le pape une réponse concrète à son intuition sur la position centrale du catéchuménat dans la nouvelle évangélisation : après la messe, il leur dit que, durant la célébration, pensant à eux, il avait vu Athéisme-Baptême-Catéchuménat, exprimant ainsi la conviction que face à l'athéisme, le baptême a besoin d'être redécouvert à travers un catéchuménat.

Le 2 novembre 1980, se déroula la première rencontre publique de Jean-Paul II avec Kiko, Carmen et le père Mario à la paroisse romaine des Martyrs Canadiens qui a été la première en Italie où douze années plus tôt s'était ouvert le Chemin Néocatéchuménal. Parlant aux communautés néocatéchuménales, le pape dit :

« Nous vivons dans une époque de confrontation radicale qui s'impose partout ...Foi et anti-foi, évangile et anti-évangile, Église et anti-Église, Dieu et anti-Dieu...Un anti-Dieu ne peut pas exister, mais on peut créer dans l'homme la négation radicale de Dieu... Dans cette époque qui est la nôtre, nous avons besoin de redécouvrir une foi radicale, radicalement comprise, radicalement vécue, radicalement réalisée... J'espère que votre expérience soit née dans une telle perspective et qu'elle puisse mener à une saine radicalisation de notre christianisme, de notre foi, à un radicalisme évangélique authentique»[11].

Le 31 janvier 1988, rencontrant les communautés néocatéchuménales de la paroisse Santa Maria Goretti, Jean-Paul II formula encore avec plus de précision l'importance pour l'Église du Néocatéchuménat : « A Travers votre chemin et vos expériences on peut voir quel trésor fut justement pour l'Église le catéchuménat, comme méthode de préparation au baptême.

Quand nous étudions le baptême nous voyons plus clairement que la pratique d'aujourd'hui est devenue toujours plus insuffisante, superficielle... Sans le catéchuménat préalable, cette pratique devient insuffisante, inadéquate à ce grand mystère de la foi et de l'amour de Dieu qu'est le sacrement du baptême :

...Voici comment je vois la genèse du Néocatéchuménat : quelqu'un, je ne sais pas si c'est Kiko ou un autre, s'est demandé d'où venait la force de l'Église primitive et d'où vient la faiblesse de l'Église d'aujourd'hui pourtant beaucoup plus nombreuse ? Je crois qu'il a trouvé la réponse dans ce Chemin, dans le Catéchuménat...

...Il y a une manière je pense de reconstruire la paroisse se fondant sur l'expérience Néocatéchuménale ».[12]

Nous ne voulons pas ici parcourir toutes les étapes historiques qui ont amené à l'approbation du Statut que l'on peut suivre dans la Note Historique et dans les Observations Canoniques : en particulier la lettre « Ogniqualvolta » avec laquelle le 30 août 1990, le Saint Père a reconnu officiellement le Chemin comme un "itinéraire de formation catholique"[13].

Nous tenons ici seulement à souligner comment l'approbation du statut est l'accomplissement d'un long processus qui a mené le magistère de l'Église à voir toujours plus la nécessité de ré-évangéliser les baptisés et à reconnaître dans le Chemin Néocatéchuménal un instrument approprié à une telle fin. Il manquait jusqu'à aujourd'hui un schéma qui puisse être proposé pour actualiser un catéchuménat post-baptismal.

C'est ce qu'a fait le Saint Siège avec cette décision : approuver et offrir un schéma d'itinéraire catéchuménal post-baptismal, composé non seulement d'étapes liturgiques, mais intégré aussi dans un contenu catéchétique qui, en plus de trente ans, a donné énormément de fruits. La reconnaissance du Chemin Néocatéchuménal est donc une des actualisations concrètes des indications du magistère et l'accomplissement d'une des exigences les plus ressenties de Jean-Paul II.

[1] XV JOURNEES MONDIALES DE LA JEUNESSE,VEILLEE DE PRIERE PRESIDEE PAR LE SAINT PERE JEAN-PAUL II, Tor Vergata , Samedi 19 Août 2000.

[2] D. Karol Wojtyla, Afin que Christ se serve de nous, Catéchuménat du XXième siècle, Cracovie, n.34,1952, pp.402-413.

[3] Ibidem.

[4] Cf. Acta Syn. ½, 315.

[5] Rencontre avec les communautés néocatéchuménales de la Paroisse Santa Maria Goretti, dans l'Osservatore Romano 1-2 Janvier 1988

[6] Voir la Note Historique du présent dossier.

[7] Cf.A..Bugnini, La Riforma Liturgica, p.579, note 26 : « un groupe sérieusement engagé, celui des communautés néocatéchuménales avait déjà initié et mis en oeuvre, sous l'impulsion de ses fondateurs, une formation chrétienne des baptisés...Le mérite de ce groupe est d'avoir compris l'importance de l'esprit du catéchuménat pour former des chrétiens véritables».

[8] Cf. Notitiae , n.95-96, juillet-aôut 1974.

[9] Paul VI, Audience générale du 8 Mai 1974, dans Notitiae , n.95-96, juillet-aôut 1974, p.230.

[10] L'expérience de Kiko et Carmen ne pouvait pas ne pas susciter chez le pape l'écho d'Albert Chmielowski, le fameux peintre polonais qui, à la moitié du XIXème siècle, après sa conversion avait réintroduit une peinture de thème religieux en Pologne, et avait ensuite tout laissé pour aller vivre au milieu des plus pauvres et des sans-logis, comme un des leurs. Chmielowski a été une figure centrale pour la vocation de Karol Wojtyla, qui en avait fait le protagoniste du drame « frère de notre Seigneur », dans lequel le thème de fond est la lutte de frère Albert avec lui-même pour devenir un don pour les autres.

[11] Cf. l'Osservatore Romano, 3-4 Novembre 1980, visite à la paroisse des Martyrs Canadiens.

[12] Rencontre avec les communautés néocatéchuménales de la Paroisse Santa Maria Goretti, dans l'Osservatore Romano 1-2 Janvier 1988.

[13] Voir Note Historique et Observations Canoniques, incluses dans le présent dossier

TEMOIGNAGE DE KIKO ARGÜELLO

LA MISSION DU CHEMIN

Lors de la première rencontre que Jean-Paul II eut avec nous à Castel Gondolfo le 5 septembre 1979, Carmen, le Père Mario et moi-même étant présents, le Pape nous a dit, à l'issue de la messe, que durant la célébration il avait vu devant soi : ATHÉISME - BAPTÊME - CATÉCHUMÉNAT.

Sur le moment je n'ai pas bien compris ce qu'il voulait dire ; au contraire il me semblait erroné de mettre catéchuménat après baptême. Dans la tradition de l'Église, le catéchuménat s'adresse à ceux qui se préparent à recevoir le baptême.

La clef peut nous en être donnée par une parole que le Pape prononça dans une paroisse de Rome en s'adressant aux communautés néocatéchuménales : "Je vois ainsi la genèse du néocatéchuménat..., quelqu'un, je ne sais pas si c'est Kiko ou un autre, s'est demandé d'où venait la force de l'Église primitive et d'où vient la faiblesse de l'Église d'aujourd'hui, pourtant bien plus nombreuse ? Je crois qu'il a trouvé la réponse dans le catéchuménat, dans ce chemin".

Qu'a voulu nous dire le Pape, quand il a vu devant soi : ATHÉISME - BAPTÊME - CATÉCHUMÉNAT ?

Je pense qu'après l'expérience d'athéisme qu'il a faite en Pologne, le Pape, philosophe dont les racines plongent dans la phénoménologie de Husserl, a voulu dire que pour répondre à la force de l'athéisme moderne et à la sécularisation, les chrétiens baptisés ont besoin d'un catéchuménat comme l'avait l'Église primitive, un catéchuménat post-baptismal.

C'est là le fondement de l'approbation du Statut du Chemin Néocatéchuménal, non en tant qu'association, mais comme catéchuménat post-baptismal, comme initiation chrétienne, un instrument que le Saint Siège propose aux évêques afin de fortifier le baptême des chrétiens en réponse à l'athéisme moderne.

Le Pape, homme moderne qui souffre en voyant la société lacérée par la destruction de la famille, lors du VIème symposium des évêques européens en 1985, après avoir fait une analyse sérieuse de la sécularisation actuelle qui détruit les racines de la foi, a dit : "l'Esprit Saint a déjà répondu à cette situation ; nous devons aller où l'Esprit Saint agit, où il donne des signes de vie ; nous devons avoir le courage de laisser nos schémas atrophiés et accueillir les nouvelles réalités que suscite l'Esprit Saint ..."

Du point de vue juridique, l'initiation chrétienne a son fondement dans l'évêque. Ainsi le canon 788 du Code de Droit Canonique affirme qu'il revient aux conférences épiscopales d'établir des statuts qui règlent l'initiation chrétienne.

Aujourd'hui presque toutes les conférences épiscopales parlent de la nécessité d'une initiation chrétienne post-baptismale. Elles rencontrent beaucoup de difficultés à la mettre en œuvre.

A travers le Statut, le Pape offre avec courage aux évêques et aux conférences épiscopales une modalité d'initiation et de catéchuménat post-baptismal, avalisée par plus de trente années d'un cheminement plein de fruit.

Nous ne pouvons que remercier la Sainte Vierge Marie qui a inspiré ce chemin, qui nous a conduit à faire des communautés comme la Sainte Famille de Nazareth vivant en humilité, simplicité et louange, où l'autre est Christ.

C'est le passage d'une pastorale de la chrétienté, nous pourrions dire du temple, à une pastorale de la communauté en tant que Corps du Christ ressuscité.

Durant trois siècles, l'Église primitive a eu un catéchuménat sérieux, dans lequel, avant de recevoir le baptême, les catéchumènes devaient démontrer qu'ils avaient la foi, qu'ils avaient en eux la vie éternelle, parce qu'ils accomplissaient des œuvres de vie, des œuvres qui démontraient qu'en eux habitait le Christ ressuscité, qu'ils avaient reçu la grâce de la nature divine à travers l'Esprit Saint.

Le baptême était donc la gestation à une création nouvelle, où la synthèse entre l'annonce du kérygme, la bonne nouvelle, le changement de mœurs et la liturgie ne faisaient qu'un.

Ces chrétiens étaient insérés dans des communautés vivantes, ils n'avaient ni temple ni autel, ils n'avaient pas de prêtre comme les païens religieux ; ils se réunissaient dans les maisons, mais Dieu lui-même a mis ces communautés sur le candélabre, et à travers la persécution, ils ont pu manifester les signes de l'homme nouveau proclamé dans le Sermon de la Montagne : "Ne résistez pas au mal ; si quelqu'un te frappe sur la joue droite tend lui la gauche ; si quelqu'un te fait un procès pour t'enlever ta tunique, laisse-lui aussi ton manteau ; si quelqu'un te vole ce qui t'appartient, ne le réclame pas ; aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent".

Voici les signes de Jésus-Christ crucifié : l'amour "comme je vous ai aimés" ; à cet amour, ils reconnaîtront que vous êtes mes disciples ; "soyez parfaitement un et le monde croira".

Ces communautés ont converti l'empire romain. Aujourd'hui, face à la globalisation, à l'athéisme et à l'apostasie de l'Europe, Jean-Paul II dit qu'il faut revenir au modèle primitif.

Le point central pour nous est le suivant : qu'apparaisse l'homme nouveau, l'homme céleste, dans un itinéraire sérieux de formation chrétienne ; cet homme dont saint Paul dit qu'il porte en son corps la manière de mourir de Jésus, afin qu'apparaisse en son corps que le Christ est vivant, de sorte que, lorsque le chrétien meurt, "le monde reçoit la vie".

Avec le Statut, le Pape reconnaît le Chemin Néocatéchuménal comme un itinéraire de formation catholique, valable pour la société et les temps actuels et il souhaite que les évêques, avec leurs presbytres, valorisent et aident cette œuvre pour la nouvelle évangélisation, pour qu'elle se réalise selon les lignes proposées par les initiateurs. Avec ce Statut, les lignes des initiateurs se concrétisent en une "règle claire et sûre" pour les évêques dans leur œuvre d'évangélisation, dans le mandat reçu du Christ d'évangéliser toutes les nations.

Durant ces années, voyant le témoignage de tant de frères de ces communautés, de nombreux païens ont voulu se rapprocher du Christ et ont demandé le baptême. Nous les avons accueillis dans nos communautés, et les avons accompagnés pendant quatre années dans leur itinéraire en conformité avec l'OICA, portant des fruits merveilleux.

Cette réalité aussi est reconnue par ce statut qui sera accueilli avec grande joie par tant de païens qui se rapprochent de nos communautés. Nous sommes heureux d'être un service pour les évêques et les curés, sans former aucune structure parallèle.

Il ne fait aucun doute que le Statut est une nouveauté du point de vue juridique, mais nous espérons qu'il sera accueilli avec joie par les curés et par les évêques, et qu'il aidera à dissiper malentendus et préjugés qui souvent ont été fruit d'un manque de connaissance du Chemin.

Merci à tous, au nom aussi de Carmen et du Père Mario.

Priez pour moi qui suis un pécheur.

Ad maiorem Dei gloriam.

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